Marc Lonchampt

Marc Lonchampt

Musicien.. avec un grand « M »

La musique lui doit beaucoup. Même s’il est resté discret tout au long de sa carrière.

La discrétion peut dissimuler un talent, mais en aucun cas l’entraver.

C’est le cas avec Marc Lonchampt qui continue sa route, en pensant peut-être un peu plus à lui, aujourd’hui….

Itinéraires 26 : « Marc, ta route a débuté où ? »

Marc Lonchampt : « Dans la cité phocéenne. Je suis né à Marseille, là où sont maintenant les « quartiers nord »… qui n’existaient pas, à l’époque… Car je suis venu au monde bien avant que toutes ces cités ne voient elles-mêmes le jour !

Là où nous étions, c’était le « quartier des Arméniens », et c’était chouette… Quant à ma famille… 100% fonctionnaire ! Rien de commun avec l’artistique.. si ! Peut-être un de mes grands-pères qui devait avoir un harmonica qui traînait dans ses poches…

Et puis ma mère, qui travaillait à l’antenne marseillaise de la Metro-Goldwyn-Mayer… mais comme secrétaire. Je me souviens qu’elle avait, dans ses amis, Marcel Rossi, qui tenait un club de jazz..

J’ai aussi une sœur, qui a une très bonne oreille, mais qui n’en a rien fait musicalement.

Quand j’ai eu cinq ans, j’ai eu l’envie de jouer de la guitare. Vraiment. Alors, on m’en a offert une, mais, tu l’imagines, beaucoup trop grosse pour moi. C’est un de mes oncles qui m’avait offert ça, à l’occasion d’un anniversaire…

J’ai commencé à titiller l’instrument… sur une seule corde. Et j’ai très vite commencé à jouer une comptine pour enfants. Devant mes facilités, ma mère a commencé à me considérer avec un peu plus de sérieux…

Il me fallait un professeur. Et ce sera Madame Arnaud – une dame qui devait approcher les quatre-vingts ans – qui enseignait le piano, la guitare, et le violon.

Ca se passait chez elle, dans le quartier de Saint-Antoine.. ce qui me faisait faire cinq kilomètres à pied pour aller la voir ! Je te rappelle que j’avais cinq ans…

En tout cas, entre elle et moi, ça va « matcher », mais ce sera.. au piano !

C’est en effet sur cet instrument qu’elle a commencé à me former, avec bien sûr les cours de solfège, le tout dans une ambiance.. bien austère ! »

It. 26 : « Et comment vas-tu évoluer, ensuite ? »

M.L. : « Quatre ou cinq ans plus tard, ma route va croiser celle d’un homme dont le fils a un orchestre de bal. Il va m’inviter à aller les écouter, ce que je vais faire. C’est comme ça que je vais rencontrer Jean-Claude Garrouste – chanteur, claviériste et chef d’orchestre – qui m’invite à leurs répétitions.

Je vais me focaliser sur le guitariste qui m’apprendra à accorder l’instrument.

Mais, sur le moment, j’apprenais.. en regardant ses mains ! Et quand je rentrais chez moi, je reproduisais ce que j’avais appris..

Toutes ces années, au final, m’auront beaucoup apporté. Pourtant, et peut-être curieusement, ce n’était pas bien vu, dans ces quartiers et à cette époque-là, d’apprendre la musique.

Le foot, oui…

Avec certains de mes voisins – on a quoi ? Dix ou onze ans – on a monté un petit groupe.

Je leur apprenais les accords, j’avais fabriqué une batterie… je crois que j’avais de belles prédispositions, finalement…

Ces copains-là, je les vois toujours. Comme quoi, l’amitié !…

Par la suite, je me revois entrer dans un bistrot du quartier, où on m’avait dit que des musiciens jouaient dans son sous-sol.

La première fois, je suis tombé sur deux musiciens – des gars de vingt ans – qui vont me demander… si je sais jouer de la basse !

La basse, au final, c’est deux cordes de moins qu’une guitare… alors, je réponds « oui ».

Et c’est comme ça que je vais commencer à jouer avec eux… »

It. 26 : « Tu as eu la chance de faire des rencontres.. utiles.. »

M.L. : « Tu sais, je crois que le destin, il faut savoir le provoquer un peu. Aller de l’avant, et laisser faire, parfois…

Mais c’est vrai que, après cette rencontre-là, d’autres vont s’enchaîner. Je vais même rejoindre une plus grosse formation, dans laquelle je vais rencontrer un bassiste avec lequel, ensuite, je jouerai beaucoup.

Mais, les groupes… j’ai dû en fréquenter sept ou huit, assez vite.

Alors que j’ai quinze ans, un groupe parisien, « Choc », débarque dans la région. Ce groupe avait un super bassiste australien, Charles Mervin, mais leur pianiste et leur guitariste quittaient le groupe.

C’est comme ça que je les ai rejoints.. et que j’ai pu jouer avec Charles. Un vrai bonheur.

Leur manager va me proposer alors de partir avec eux à Paris ! Moi, cette idée de la capitale, je la travaillais en moi depuis un moment ! J’y étais même prêt !

Alors, je n’ai pas trop hésité pour lui répondre « ok ». J’oubliais que je n’avais que quinze ans et demi… et qu’il me fallait aussi l’accord de la famille…

Au final, c’est tout le groupe qui va se retrouver chez mes parents. Et, coïncidence, ce jour-là, ils passaient ( en différé ) dans l’émission bien connue à cette époque, « Aujourd’hui Madame »…

La discussion a été un peu chaude.. mais mes parents ont été convaincus quand même ! »

It. 26 : « A Paris, ça se passe comment ? »

M.L. : « A Paris, lorsque je vais y arriver, je serai en compagnie de Françis Lockwood, de son frère Didier, et de leur père.

On est place de l’Etoile, et sous la pluie !

Didier avait le même âge que moi. Lui aussi commençait juste sa route… Mais lui, j’ai dû le croiser trois fois dans ma vie. Ce sera surtout avec Francis que je serai ami, avant que la vie ne nous sépare, mais nous fasse nous retrouver, il y a quelques années…

Très vite, on a jugé que je serai bien à ma place… en tant qu’arrangeur. Et c’est la voie que je vais prendre… une voie qui va me maintenir cinq ou six jours par semaine en studio.

En fait, je jouais très peu sur scène… tu imagines ?

Malgré tout, je vais apprendre mon métier d’arrangeur.. de A jusqu’à Z. Et, crois-moi, c’est du boulot !

De temps en temps, je m’accordai cinq minutes de guitare par-ci, par-là.. et c’était assez frustrant…

Je n’arrêtais pas de me dire : « Bon, quand est-ce que tu commences ? »

Cette route prise, elle m’a fait beaucoup bouger. Paris, bien sûr, mais aussi Marseille, où je suis revenu un temps, et même jusqu’aux Etats-Unis..

It. 26 :  « Peux-tu dire que tu t’y es « éclaté » ? »

M.L. : « Oui.. j’avais une belle compensation avec la musique pure, et c’est une période pendant laquelle je vais faire beaucoup de disques…

Nous étions dans le milieu des années quatre-vingts, et j’ai vu arriver les tout premiers ordinateurs, les boîtes à rythme…

J’ai eu aussi parfois l’opportunité de diriger de grands musiciens.. et ce n’était pas forcément évident, face à eux, qui maîtrisaient leur art à la perfection…

C’est une période également pendant laquelle j’aurais « appris le son », appris à « entendre »…

Déceler les interférences entre les différents instruments, c’est quelque chose que tu n’apprends pas en quelques jours..

J’ai fait ça pendant vingt ans.. Et puis, je vais partir sur New-York, où j’ai commencé à rencontrer des gens qui m’ont demandé des « compositions autonomes ». Ce que je vais faire, et pendant vingt-cinq ans. Mais je n’ai pas toujours été sur place en permanence, je ne compte plus les allers-retours France-Etats-Unis que j’ai pu faire…

Mais ça m’aura permis de rencontrer de chouettes personnes, comme James Stewart – pas le comédien, mais le fondateur de Stax Records, en 1958 à Memphis, dans un simple studio …

Ce label a présenté un « catalogue » de musiciens impressionnant !

On m’a proposé, dans ces années-là, de faire des albums avec des gens comme Joan Baez, ou comme les Platters… C’était chouette.. »

It. 26 : « Tu t’étais installé à New-York ? »

M.L. : « En 1989, j’avais franchi le pas, oui. A ce moment-là, je m’étais débarrassé de pas mal de choses, j’avais gardé un appartement à Paris, et un appartement à New-York.

Je n’avais pas encore de studio. Quant aux ordinateurs, mes outils de travail, il y en avait dans mon appart’ parisien, alors qu’à New-York, je me servais de ceux que possédaient mes éditeurs…

La nouveauté, c’était que, désormais, c’est moi qui écrivais mes titres… Je crois que j’ai dû faire près de 700 titres, de A à Z.

Mais pour ça, je voulais ma propre structure, avec ordis et instruments. Et ça se fera, mais par étapes successives.

Le temps passant, je me suis installé près de Menton – dans la « vallée des Merveilles », et puis j’ai décidé de remonter vers la capitale, pour venir m’installer « à la campagne », au sud de Paris, dans cette maison où je suis à présent, que je considère comme mon « petit paradis ».

Cela fait maintenant vingt-cinq ans que je suis là. J’y ai installé deux studios distincts : un pour moi et un pour mon amie.

Il y a aussi un studio « vidéo », avec seize caméras…

Car je mets un point d’honneur à tout faire moi-même, quant aux supports de mes titres. C’est sans doute lourd à gérer, mais c’est chaque fois passionnant.. »

It. 26 : « Pourrais-tu tirer, là, une sorte de bilan de ton parcours ?.. »

M.L. : « Que te dire ? Musicalement, j’en suis, aujourd’hui à vingt-et-un albums. Basés autour de la guitare, bien sûr…

Et si j’évolue dans le jazz, en réalité, tu trouveras, aux détours de chacun de ces albums, beaucoup d’influences différentes, beaucoup de couleurs diverses.

J’aime ça…

Je n’ai pas de tourneur… pas de manager… et pas de budget qui me tombe du ciel ! J’auto-finance tout. Et c’est bien pour cela que je continue à tout faire moi-même. Et, comme je te le disais, c’est un challenge à chaque fois…

Crois-moi, je « me creuse la tête » à chacun de mes nouveaux projets. Parce que j’ai envie de créer quelque chose de beau, qui tienne la route…

Que ce soit la prise de son, que ce soit les vidéos, je gère tout…

Mon dernier bébé ? Il est sorti fin février 2025 ! Tout récemment, donc. Il arrive sur le marché « complet » – vidéo, MP3, divers formats…

Je le vends moi-même, sur mon site ( marclonchampt.fr ), et tu peux

trouver la version « audio » sur toutes les plateformes…

Maintenant.. je veux dire, pour la suite… je t’avoue que je me pose pas mal de questions, à cause de la montée en puissance de ce que l’on appelle « l’Intelligence Artificielle ».

C’est sans doute très utile d’un côté… mais, pour le monde artistique, j’ai peur qu’il ne se prépare pas que de belles choses.

On en voit déjà des prémices…

Il faut rester vigilants…

Propos recueillis le lundi 03 mars 2025.

Un grand merci à Marc Lonchampt pour son accueil, pour cet entretien fluide, mais plus encore pour le talent qu’il a donné au monde musical, même si trop longtemps en studio seulement…

Maintenant que l’on peut profiter de ses compositions sans limites, alors ne nous privons pas.

Itinéraires 26 rouvrira ses colonnes à Marc Lonchampt dans l’avenir…

Crédit photos : M.L

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