Jérôme Constant

Jérôme Constant

« Merci, Monsieur le Directeur !… »

Jérôme Constant est originaire de Charleville-Mézières, dans les Ardennes. Le 30 avril 2025, il va tourner définitivement sa page professionnelle montilienne, qui l’aura tenu aux commandes du Conservatoire de Montélimar-Agglomération pendant dix-sept ans… presque un record !

Mais cet infatigable musicien n’entend pas s’arrêter de travailler pour autant…

Itinéraires 26 : « Jérôme, votre route a commencé comment ? »

Jérôme Constant : « Si vous le voulez, nous allons remonter à l’année 1971. Cette année-là, mes parents vont offrir, à mon frère et à ma sœur, une guitare. Bien que ni l’un, ni l’autre, ne soient musiciens. Du reste, aucun des deux n’a accroché véritablement à cet instrument…

Mais moi… j’ai récupéré cette « boîte à six cordes ». Par la suite, une cousine va me faire écouter un disque de Marcel Dadi : peu de temps plus tard, je jouais sur l’instrument, d’oreille, mais grâce aussi aux célèbres tablatures…

Par la suite, avec quelques copains, nous allons monter un premier groupe – un quartet – et on s’est mis à jouer du folk ensemble.

Rapidement aussi, je vais découvrir un second instrument, l’accordéon diatonique. Sur cette voie, je rencontrerai Marc Perrone – un grand accordéoniste – qui va me prendre « sous son aile » et va me donner les premiers enseignements…

Alors que j’ai quinze ans – et, sans doute, la naïveté afférente à cet âge-là – je vais demander un rendez-vous au Directeur du Conservatoire de Charleville-Mézières.. et je vais lui demander, en plus, de pouvoir entrer dans une classe de composition ( le Directeur, c’était Jacques Moscato ).

Et, curieusement, il va accéder à ma demande ! Je me suis donc inscrit.. alors que je n’avais jamais mis un pied dans un Conservatoire ! C’était assez osé, je m’en rends bien compte aujourd’hui, mais c’était surtout très amusant ! »

It. 26 : « Vous aviez « forcé votre destin » ? »

J.C. : « Je ne sais pas… en tout cas, à partir de là, et vers mes seize/dix-sept ans, je vais commencer à me produire vraiment au sein d’un groupe, arrivant même à gagner quelques sous en animant des bals folk en France, et aussi en Belgique.

Dans ces prestations, j’alternais la guitare – classique ou folk – et l’accordéon diatonique.

Et je rappelle que je n’avais toujours pas pris un seul cours au Conservatoire, hormis la composition…

Une surface quasi doublée sous la présidence de Jérôme Constant…

En parallèle à cette voie musicale qui s’amorçait, j’ai passé mon Bac. A cette époque-là, j’avais en moi plusieurs passions. J’adorais les maths, et la physique, je m’y débrouillais bien, et j’étais très attiré par les sports de montagne.

La montagne, je la fréquentais souvent. Surtout la haute montagne.

Je suis entré en Fac de Sciences, à Reims. Et là, juste dans la chambre à côté de la mienne, il y avait un camarade, Olivier Paquatte, qui avait sensiblement le même parcours que moi, à la différence que lui était passé par le Conservatoire.

Comme nous avons, dès lors, souvent joué ensemble, il m’a rapidement encouragé à entrer dans une classe de guitare, pour améliorer encore mon jeu et, par la même occasion, découvrir la musique classique.

Au final, nos parcours se croiseront : Olivier finira « Docteur en Biologie » à l’Université de Houston, au Texas, et moi, à partir du moment où j’y aurai mis un pied, dans le monde des Conservatoires, à commencer par celui de ma ville, Charleville-Mézières.

Et je ne sortirai plus de cette voie… »

It. 26 : « Comment ça se passe, au Conservatoire ? »

J.C. : «  C’est très simple : j’ai passé mon Premier Cycle à la fin de la première année, mon Second Cycle à la fin de la deuxième, et mon Troisième Cycle à la fin de la troisième ! Et je pensais que ça se passait comme ça !!!

En outre, tout ce qui, pour moi, était possible de faire, je le faisais ! Les cours d’analyse, d’écriture, de musique de chambre, de solfège… se sont enchaînés.

Les bureaux de l’accueil

Pendant ma troisième année, j’ai eu envie d’aller encore plus loin. Et je vais contacter Alexandre Lagoya, que je vais rencontrer ensuite, à la sortie de l’un de ses concerts.

Je lui ai simplement dit que… je voulais apprendre dans sa classe…

Lui va entendre ma demande, va m’enjoindre de m’inscrire dans sa classe, au Conservatoire Supérieur de Paris mais, dans l’attente, va me diriger vers la classe de Philippe Chapillon, éminent pédagogue, qui officie au Conservatoire Européen de Paris.

Je vais suivre, bien sûr, le conseil d’Alexandre Lagoya, et Philippe Chapillon va me faire entrer dans sa classe. Il m’y apportera beaucoup…

Par la suite, au mois de septembre 1983, je passe le concours pour entrer au Conservatoire Supérieur de Paris. Je réussis le premier tour – je n’avais rien à perdre – mais je suis recalé au second…

Je vais rester au Conservatoire Européen, et ça va durer quatre ans…

L’année suivante, en 1984, j’ai voulu retenter le concours d’entrée au Conservatoire Supérieur de Paris, mais cette fois, je serai refusé pour avoir atteint la limite d’âge !

Je passerai donc mon diplôme supérieur au Conservatoire Européen.. où, soit dit en passant, j’ai été le premier guitariste français à obtenir ce Diplôme Supérieur de Guitare.

A cette époque, la directrice du Conservatoire Européen était Annette Haas-Hamburger, la mère de Michel Berger… »

It. 26 : « Comment évoluez-vous, ensuite ? »

J.C. : «  Mon diplôme en poche, je vais aller enseigner la guitare en école de musique, à Hirson, dans l’Aisne.

J’ai aussi « monté » quelques écoles associatives ou municipales de musique, entre 20 et 30 ans…

Et puis, en tant que musicien, j’ai passé divers concours internationaux – dont celui de Radio-France – et, à Sablé, dans la Sarthe, je terminerai second du concours, en 1986.

L’accès à la salle du Tintamarre, qui a vu passer de nombreux spectacles de qualité….

J’ai ensuite passé mon Diplôme d’Etat de Professeur de guitare. En parallèle, j’ai constitué plusieurs groupes, avec lesquels nous nous produirons pendant une dizaine d’années..

Le plus important d’entre eux, c’était « l’Ensemble Instrumental de Champagne-Ardennes », constitué par un trio à cordes, une flûte et une guitare.

Je faisais parfois, dans ces groupes, les arrangements.

On est arrivés, quand même, à faire une trentaine de concerts par an… avec quelques sorties d’albums à la clé… »

It. 26 : « Votre voie actuelle se profile de quelle façon ? »

J.C. : « Ça se fera en deux temps… Au début des années quatre-vingt-dix, je vais passer le Certificat d’Aptitude aux Fonctions de Professeur, dans la spécialité « Chargé de Direction ».

En réalité, je l’ai tenté comme un challenge, pour son degré de difficulté et son intérêt. Mais il se trouve que je l’ai réussi ! Alors, mon premier réflexe sera de « vite l’enfouir sous le tapis », car cela ne correspondait pas du tout à ce que je souhaitais faire, sur le moment…

Musicalement, j’ai quitté ensuite l’Ensemble Instrumental de Champagne-Ardennes, pour créer un quatuor de guitares, le « Quatuor de Champagne », qui va entamer une très belle route qui, elle aussi, durera une dizaine d’années, nous emmenant en France, et à l’international.

Deux disques sortiront, avec cet ensemble. Un troisième, malheureusement, restera à l’état de gestation.. il avait pourtant sa sortie prévue chez « Harmonia Mundi »….

Et puis.. au printemps 2002, alors que je suis en concert à Luxembourg, et malgré le succès rencontré, je vais me rendre compte que je n’ai plus le même engouement qu’avant. Se produire devant un public n’avait plus la même saveur qu’auparavant…

Et je me suis alors rappelé que, sous mon tapis, il y avait toujours ce diplôme, que je pensais avoir obtenu pour ne rien en faire…

Mais, cette fois, la route de l’ascension vers une direction de conservatoire allait véritablement s’ouvrir… »

It. 26 : « Comment l’abordez-vous ? »

J.C. : « Déjà, je me suis attaché à regarder les différentes propositions qui étaient faites à ce moment-là.

Et puis… quitte à changer de voie professionnelle, pourquoi ne pas en profiter pour changer aussi de région ?

Je vais alors postuler sur la ville de Bourgoin-Jallieu, en Isère (la montagne!), mais aussi à l’Ecole Départementale de l’Ardèche.

A Bourgoin, je ne serai que deuxième. Par contre, le 15 décembre 2002, j’apprends que le poste à l’Ecole Départementale de l’Ardèche m’attend le 03 janvier suivant !

Le délai était plutôt court ! Mais, le 03 janvier, j’étais en place !

Je resterai à la tête de cette Ecole jusqu’en 2007. C’était une grosse structure, avec la gestion de quinze antennes réparties sur tout le département. Ce poste m’aura vraiment fait découvrir le département entier ! Mais le travail s’est avéré tellement enrichissant…

Je trouve dommage que cette structure ait aujourd’hui complètement disparu. A mon avis, c’est une très grosse perte pour l’Ardèche…

Je reviens à mon parcours ardéchois. En 2006, j’ai rencontré un gros conflit avec les syndicats. Il a fallu trouver une solution.

Et il se trouve que l’on va me proposer le poste de « Responsable du Schéma Départemental des Enseignements Artistiques pour l’Ardèche »…. en clair, on pilote tout ce qui est enseignement de la danse, de la musique et du théâtre pour tout le département.

Sur le papier, ce poste était assez attirant. Dans la réalité, je ne m’y serai pas épanoui…

J’ai alors décidé de passer mon « Certificat d’Aptitude aux Fonctions de Directeur », le diplôme le plus élevé dans cette filière. Mais là encore, je vais le passer sans grande conviction, mais le réussir tout de même.

Avec ce diplôme en poche, j’étais maintenant apte à diriger n’importe quel conservatoire en France… »

It. 26 : « Et comment cela va-t-il se matérialiser ? »

J.C. : « En mars 2008, le Ministère va m’appeler, pour m’informer qu’une inspection est en cours au Conservatoire de Montélimar, l’Ecole de Musique à cette époque.

Cette inspection, toujours en cours quand on m’appelle, met en lumière certaines difficultés, et ils recherchent un Directeur pour mettre en place un véritable projet d’établissement.

A ce moment-là, j’habite à Privas. J’ai trouvé ce nouveau challenge intéressant, et j’ai donc postulé.

Et je suis reçu. Sur la base d’un avant-projet que j’avais rédigé pour cet établissement.

Je suis ensuite reçu par les « officiels » de la Mairie de Montélimar, André-Bernard Orset et Christophe Marmilloud. L’affaire a été vite conclue. Et le 01 août 2008, je prends mes fonctions à Montélimar, mais… avec au fond de moi la certitude que je ne vais y rester que cinq ou six ans…

C’était vraiment ma vision, au moment où j’arrive à Montélimar. La suite montrera que ce délai a été allongé pour, au final, durer dix sept ans !

A cela, plusieurs raisons…

Lorsque j’arrive à Montélimar, un peu plus de 3,5 millions avaient été investis pour rénover l’établissement. Mais ces travaux n’avaient pas pris en compte un développement rapide, et croissant, des élèves.

L’Ecole, à ce moment-là, était prévue pour accueillir 350 élèves et, dès l’année 2009, ce nombre avait doublé…

Que faire ? J’ai alors proposé à l’Agglomération de remettre en chantier l’établissement, afin de pouvoir doubler sa capacité d’accueil. Et cela va prendre, vous l’imaginez, plusieurs années…. Je vous avoue aussi que diriger un conservatoire dans ces conditions n’a pas tous les jours été évident !

Ces travaux porteront mon temps de présence à la tête du Conservatoire à dix ans…

Et puis, les travaux achevés, je vais me retrouver seul avec mes deux filles et je n’avais pas envie de leur faire quitter cette région dans laquelle elles étaient bien installées.

Enfin, autre raison très importante aussi, j’avais la chance de compter sur une qualité d’équipe exceptionnelle. Une équipe de quarante-cinq personnes…

Corinne et Laurence, deux précieuses collaboratrices au sourire… constant.

Le moment où j’ai vu arriver le « terme légal » de la vie professionnelle est venu très vite ensuite. Et lorsque vous commencez à réaliser cela, vos envies d’ailleurs se révèlent beaucoup moins pressantes que par le passé…

Ce sera donc dans la Drôme que je mettrai un « point final » à ma mission de Directeur de Conservatoire… mais certainement pas de ma vie professionnelle !

It. 26 : «  Et maintenant ? »

J.C. : « L’après ? Je vais m’investir dans la formation, dans les audits aussi, une toute nouvelle voie que j’envisage sur tout l’Hexagone, voire même en outre-mer !

Je vais rajouter à cela une fonction de « management de transition », au service des conservatoires qui pourraient rencontrer des difficultés.

Vous savez, j’ai toujours autant l’envie de voyager. De faire du sport, aussi. Et je me dis aujourd’hui : vivement la montagne !

Bref, je veux profiter à fond de la vie…

Je garde également un investissement important dans le monde associatif. A ce jour, je suis vice-président de « Jazz Action Valence », et président de l’association « Les Eclisses » de Bourg-Saint-Andéol en Ardèche, qui gère les activités du « Quatuor Debussy » dans ce département…

Ce que je garderai, de mon temps passé à Montélimar ?

Un bureau qu’il aura conservé… un petit peu plus longtemps que prévu….

D’abord, la restructuration de cet établissement, bien sûr… Et puis.. y avoir fait entrer le théâtre – grâce à Yves Faure, une « référence » en ce domaine. Y avoir fait entrer ou développer aussi le jazz, et les musiques actuelles.. et la musique électro.

Avoir réussi à associer, chaque année, un artiste référent extérieur – ce qui était une innovation…

Mais surtout, avoir eu l’opportunité de diriger une superbe équipe et ça, ça n’a pas de prix…. »

Propos recueillis le lundi 17 février 2025.

Jérôme Constant a raison. La réputation du Conservatoire de Montélimar dépasse aujourd’hui, et de loin, les limites du seul département de la Drôme.

Son action n’y aura sans doute pas été pour rien.

Itinéraires 26 souhaite « bon vent » à Jérôme Constant, pour son nouveau challenge personnel…

Crédit photos : M.M

Une réponse à « Jérôme Constant »

  1. Avatar de Deglaire
    Deglaire

    Jérôme, beau parcours…

    Marie Pascale Deglaire

    lycee St Rémy 1975 -1978

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