Nouvel album pour un musicien de grand talent…
Les cordes sont en force dans cette chronique. Des cordes qui n’ont pas hésité à traverser l’Atlantique puisque celui qui les taquine est originaire du Chili…. Musicien talentueux, il enseigne son art, aujourd’hui, sur les belles terres haut-savoyardes.. tout en continuant sa route musicale, pour notre plus grand plaisir…..
En janvier prochain, un tout nouvel album va sortir, mettant un peu plus en lumière ce musicien si talentueux qui, en plus, sait s’entourer de « pointures » pour nous donner le meilleur…
Retour sur une belle route… qui nous conduira jusqu’à « Racconto », son dernier bébé…

Itinéraires 26 : Felipe, grâce à toi Itinéraires26 se pose au Chili… Dis-nous comment ton histoire y a commencé….
Felipe Silva-Mena : « Je suis né à cent cinquante kilomètres de Santiago, et je suis venu au monde dans une famille… d’ingénieurs. Pas le moindre musicien dans la famille. Ingénieur, c’est, un peu à caues de ça que c’est le métier auquel je me destinais, lorsque j’étais petit. Je voulais même devenir ingénieur en électricité.. Mais, au lycée pourtant, la musique me rattrapera. La musique est très présente, dans les pays sud-américains. Mes premiers contacts avec elle se feront par l’intermédiaire de mes professeurs du lycée, puis, par la suite, via des cours particuliers, que je prendrai avec Angel Cortès. Ca se passait à Santiago même, et j’ai abordé la guitare via le rock, et le métal… Ce n’est qu’un peu après que je vais découvrir le jazz manouche et, crois-moi, ce sera un véritable coup de foudre avec cette musique-là. Pourquoi est-ce que j’ai choisi la guitare ? Eh bien, d’abord, parce qu’au Chili, cet instrument est très populaire. Dans la musique traditionnelle chilienne, c’est beaucoup de guitare. Mais aussi, lorsque j’avais douze ans, j’étais très fan du groupe argentin « Soda Stereo ». Je pense que ça a dû jouer, aussi. Tout ça a fait que, vers mes quinze ans, je vais me mettre sérieusement à l’apprentissage du jazz, et plus particulièrement le jazz manouche… »
It. : La mandoline, c’est aussi à cette période-là ?
F. S-M. : « Oui, c’est ça. Et pourquoi la mandoline ? Eh bien dis-toi que j’ai toujours été « fan » des « Quatre saisons » de Vivaldi. Mais le violon….. c’est comme ça que je me suis attaché à cet instrument que je vais apprendre en total autodidacte. Mais bon, grâce à la technique de la guitare, que je maîtrisais, j’avais quelques facilités…
Une fois fixé sur mon choix musical, je me suis aperçu qu’à Santiago, l’offre de formation n’était pas vraiment riche. Alors, j’ai cherché ailleurs, hors des frontières, en Argentine, notamment. Et c’est comme ça qu’à dix-sept ans, je vais entrer à l’Ecole de Musique Populaire d’Avellaneda, qui est à Buenos-Aires. C’est une des deux plus grandes écoles de musique de cette ville… Et puis là-bas, au cours de ta formation, tu passes par le tango, le folklore, le jazz….. Il y avait aussi, et surtout, le grand guitariste argentin Gonzalo Bergara. J’aurais la chance de prendre des cours particuliers chez lui, et c’est un apprentissage qui m’a énormément apporté. Une expérience géniale.
A l’école, je resterai deux ans. Deux ans pendant lesquels toute la musique sud-américaine se découvrira pour moi… »

It. : Ton premier groupe, c’était quand ?
F. S-M. : « Mon tout premier groupe, le « Silva Trio », je l’ai créé en 2011. Je l’ai monté avec le guitariste Nicolas Moro, et le contrebassiste Federico Rey. Un peu plus tard, le violoniste américain Joe Troop, viendra nous rejoindre. Joe est un musicien remarquable, qui est résident de Buenos-Aires, et qui s’est énormément produit là-bas, en Argentine.
En parallèle aussi, je me produisais au sein de divers groupes, jusqu’à la fin de mon cycle d’études. Mais je n’irai pas jusqu’au bout de l’enseignement, parce que Gonzalo va très vite me conseiller de partir vers la France, pays où se joue le plus la musique manouche… J’ai tout juste vingt ans… »
It. : Et tu pars comme ça ?
F. S-M. : « Non, bien sûr. Un voyage pareil, ça se prépare. Non, j’ai d’abord fait un voyage-retour au Chili, où je resterai neuf mois, prenant au passage des cours à l’Ecole Supérieure de Jazz de Santiago. Là, j’ai commencé à explorer le jazz moderne…. Et puis, j’ai commencé à « prospecter » pour la France, et comme Paris ne me tentait pas trop, mon choix va se porter sur Lyon, où je vais postuler – on est en 2014 – au Conservatoire de Fourvières. Il fallait, bien sûr, passer une audition, et je suis arrivé sur Lyon juste quelques jours avant. Pour apprendre…. que, par manque de crédits, la classe de guitare du Conservatoire n’était pas reconduite ! Ca voulait dire qu’aucun nouvel élève ne pouvait commencer…
Alors… eh bien je vais me renseigner sur l’école de Bourgoin-Jallieu, où Jean-Louis Almosnino était, pour une année encore, professeur. Cette fois-ci, aucun obstacle, et je vais intégrer cette école, dans laquelle je rencontrerai une super équipe pédagogique. Outre Jean-Louis, il y avait là Manu Valogne – que j’avais en « atelier » -, Eric Teruel… mais aussi Pierre « Tiboum » Guignon, qui nous a quittés il n’y a pas très longtemps. J’en ai été très triste, car avec Pierre, nous avions fait pas mal de concerts ensemble…
Dans cette école de Bourgoin, je vais rester trois ans. Trois ans au bout desquels j’obtiendrai mon D.E.M de Jazz. Sous la houlette de Steven Criado, qui avait remplacé Jean-Louis Almosnino…
Et sur Lyon même, tu penses bien que je fréquentais quelques clubs. C’est dans l’un d’entre eux que j’ai croisé la route de Baptiste Ferrandis – super guitarsite, aussi, dans le jazz moderne comme dans le jazz manouche… A partir de ce moment-là, je vais très vite rencontrer toute la « famille » manouche lyonnaise, grâce à de belles personnes comme Judy Rankin, comme Jean-Philippe Bernier, comme Maxime Dauphin ou encore Frédéric Arnoux. On se retrouvait tous au « Pressoir », un établissement qui est devenu aujourd’hui « La Grooverie ». J’ai aussi rencontré, à cette période, le batteur Josselin Perrier, ainsi que le contrebassiste John Zidi. On a pris l’habitude de jouer en trio et c’est avec cette petite formation que je passerai mon D.E.M….. »

It. : Et une fois ton diplôme en poche ?…
F. S-M. : « Après l’obtention de mon D.E.M, je voulais rester en France. Mais, comme ça, mon « statut » me compliquait un peu la tâche. Si tu n’es ni étudiant, ni intermittent…. Alors, je me suis décidé rejoindre le Conservatoire Régional de Fourvières, et plus précisément sa classe de… contrebasse. Sous la direction de Jérôme Regard. Pourquoi ce choix ? Tout simplement parce que, lorsque nous faisions des jams, je trouvais qu’il y avait beaucoup de guitares… alors, plusieurs fois, je me suis mis à « la basse ». Et j’y ai pris goût, j’ai voulu creuser…
Au Conservatoire, j’ai rencontré plein de jeunes musiciens – plus jeunes que moi ! – dont Jean-Salim Charvet, tout-jeune saxophoniste-alto génial, et puis, avec lui, le pianiste Noé Secula, le batteur Adrien Bernet et le saxophoniste-ténor Paul Sanson…. On a commencé à jouer tous ensemble, dans le « No where’s time quintet ». ca, c’était en 2017. Et on a quand même fait pas mal de dates, pas mal de concerts, jusqu’à ce que Jean-Salim parte aux Etats-Unis, et Paul sur Paris.. Du coup, le groupe a poursuivi sa route en trio, le « Noé Secula Trio », avec lequel on a fait pas mal de tremplins, et avec aussi un album à la clé, « Eternity in human flesh », sorti en 2020… »
It. : Tu as ton groupe, bien sûr ?…
F. S-M : « Oui. Avec Adrien Bernet, et Michel Molines, j’ai monté un trio dans lequel je joue de la guitare électrique, et de la mandoline. Le « Felipe Silva-Mena Trio ». En 2019. Tout de suite, on a beaucoup tourné sur Lyon, au « Bémol 5 », à « La Clé de Voûte »… le temps de préparer notre album, que nous avons enregistré pour partie – pour les morceaux de guitare – au Crescent, en février 2020.
Mais, à ce moment-là… la Covid est aussi arrivée en plein. Du coup, en regard de la situation sanitaire, mais aussi parce que je souhaitais rajouter des morceaux avec de la mandoline, nous avons fait une autre séance d’enregistrements – juste en bas de chez moi, car un ingé-son a déménagé en laissant son studio – en novembre 2021.
L’album sortira en octobre 2022, sous label « Mazeto Square ». Et ça ne s’arrêtera pas là, car un second album est prévu pour courant 2024. je suis, en ce moment, en pleine composition….
Le premier album, « Sendero infinito », nous allons aller, avec Adrien, le jouer dans mon pays, au Chili. A Santiago d’abord, mais aussi à San Javier – dans le sud du pays. Tu penses bien que ça restera des moments très émouvants pour moi… D’abord parce qu’on a reçu un très chaleureux accueil, et puis parce que ça faisait trois ans – à cause de la pandémie – que je n’avais pas remis les pieds sur mes terres. Et là, j’y retournais pour jouer ma propre musique….
Concernant les groupes, je voudrais te dire aussi que j’interviens – à la contrebasse cette fois – au sein du trio « Hidden Line » de Steven Criado, avec le batteur Daniel Portugal. Nous avons déjà sorti un E.P, et un second, de cinq titres, enregistré aux Studios Alto de Lyon, « Circadian Rythms », est maintenant disponible…
Tu auras compris que mon univers musical a un peu évolué. Je garde le jazz manouche en moi, bien sûr, que je continue à faire vivre au travers de quelques jams, mais je me suis recentré aujourd’hui sur le jazz moderne, qui m’apporte de grandes joies également.
Je voudrais terminer en disant que, depuis 2020, j’enseigne au Conservatoire d’Annecy. J’y suis professeur de mandoline – ce qui est assez rare – et je suis heureux de dire que ma classe « fait le plein » – sur le plan « élèves ».
Je dirige aussi un petit orchestre amateur – de vingt-cinq musiciens quand même – qui s’appelle « L’Estudiantina d’Annecy ». une structure qui a presque cent-vingt ans – elle a été fondée en 1904 – et à qui on doit la création de cette classe de mandoline…..
Ce qui est nouveau, aussi… c’est que, depuis l’année dernière, je joue de la contrebasse dans le « Adrien Bernet Groupe ». Et cette année, nous avons enregistré notre premier album, « Moments in colors », avec la talentueuse Fanny Martin à la flûte, et le non moins talentueux Marc Cabrera au piano.

Je voudrais aussi te dire que nous avons fait deux résidences, la première au « Périscope », à Lyon, et la seconde dans un lieu qui se nomme « Yzeure Espace ». Et j’ai mis à profit ces temps pour composer de nouveaux morceaux. Avec cinq que nous jouions déjà en concert, ça nous a donné l’envie d’un nouvel album, encouragés en cela par notre label « Mazeto Square ».
Et donc, on s’est mis au travail. Dans notre premier album, on pouvait trouver trois morceaux dans lesquels intervenait la mandoline. Je voulais continuer à explorer cette voie-là.
Et puis, on a eu l’idée aussi de rajouter une harpe à l’ensemble, une harpe magnifiquement tenue par Mélanie Virot. Mélanie intervient, dans cet album, sur quatre morceaux. Mais sur l’album entier, elle n’est pas la seule invitée. Car on trouve aussi un trio de cordes – violon, alto et violoncelle – sur trois morceaux.
Et aux commandes de ces instruments, trois superbes musiciennes : Loni Cornelis au violon – et tu constateras qu’elle joue, à un moment, un magnifique solo, Chiara Feverati à l’alto et Lila Beauchard au violoncelle.
L’album explore de nombreux univers très différents. Les instruments se croisent, évoluent morceau après morceau… le tout au service d’un jazz actuel, influencé par le parcours que j’ai connu depuis toutes ces années, et m’a conduit jusque là…
Cet album, « Racconto » sortira le 17 janvier prochain, mais un premier « single » sortira dès le vendredi 13 décembre, avec un clip en plus…
Le concert de sortie d’album aura lieu, lui, le 21 janvier 2025, et ça se passera au « Périscope », à Lyon. Et ce soir-là, nous jouerons, Michel, Adrien et moi, avec une autre harpiste invitée, Flora Antropius.
Et on a hâte !… »
Propos recueillis le mardi 14 mars 2023, et complétés le vendredi 06 décembre 2024.
Vive le Chili… qui nous offre parfois un de ses enfants, doué pour la musique. Merci, Felipe, pour ces échanges au top, qui nous auront fait effleurer non seulement l’Amérique du Sud, mais surtout ton grand talent. Mais comme tu nous viens d’un continent aux musiques chaudes et si attirantes, quoi d’étonnant ?.
A très vite, pour de nouveaux projets….
Crédits photos : Anna Vazeille, Yamamedia, Christophe Charpenel









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