Robert Pellier

Robert Pellier

La fin d’une dynastie ?

L’histoire de la famille Pellier à Montélimar remonte aux années trente. Les grands-parents de Robert, originaires de Ruoms, en Ardèche, ont d’abord été fermiers « chez Poudrel » puis, chez « Valentin du Cheylard » jusqu’en 1942. Par la suite, il vont acheter leur premier terrain – en l’occurrence le « pré Loubet ».. oui, l’ancien Président de la République, où ils vont s’installer. Avec le temps, le terrain grandira, et les maisons y pousseront. La toute première verra le jour pendant la seconde guerre mondiale, et sera même occupée par un général allemand et tout son état-major, qui l’avait réquisitionnée. A une époque où les chars allemands peuplaient en nombre les champs alentour, y attendant leur macabre mise en service.

A la libération, Auguste et Marthe, les grands-parents Pellier récupèrerront leur bien sans trop de dégâts. René, le père de Robert, et Simone, sa tante, verront le jour chez Valentin du Cheylard. René se mariera en 1947 et Robert verra le jour l »année suivante, en 1948.

Cette vie « en famille » n’était que très normale juste après guerre, chacun apportant sa pierre pour que la ferme « vive ». Quant aux bovins… c’est aussi une histoire ancienne, mais du temps des grands-parents, seules sept ou huit vaches assuraient un petit revenu. Car bien évidemment, tout se faisait à la main. Marthe, la grand-mère, disposait d’un petit charreton – à bras – avec lequel elle partait « en ville », qui n’était pas aussi proche qu’aujourd’hui, pour aller vendre le lait « à la louche », directement dans les casseroles ! Les vaches étaient aussi élevées pour leur viande, mais « en réforme », quand leur rôle de « laitière » s’achevait… « Et puis, nous avions un taureau », complète Robert, « un taureau qui a bien servi d’étalon pour nombre de vaches des éleveurs du quartier… »

René, le père de Robert, a pris naturellement la succession du sien, décédé en 1951. Quant à Robert, c’est à 14 ans qu’il commencera sa vie professionnelle, sortant de scolarité. C’est son oncle Valette qui vient l’embaucher, pour l’essayer sur les machines dont il fait commerce, les moissonneuses-batteuses…  » sur certaines, mes pieds n’arriavient même pas aux pédales ! » se souvient Robert. Malgré ces légers problèmes techniques, l’oncle va embaucher le neveu – son commerce est route de Châteauneuf et, pour Robert, les « chantiers » vont s’enchaîner, dans les villes des environs mais aussi en Isère pour des durées allant jusqu’au mois. On moissonnait la luzerne, le sorgho, avant de reaprtir direction la Camargue, où les chantiers duraient parfois jusqu’au mois de décembre. « Ma plus grande découverte, en Camargue ? Les moustiques ! » plaisante Robert. Du côté paternel, la terre couvrait à présent 25 hectares, mais les vaches n’étaient pas plus nombreuses…

Robert Pellier va intégrer ensuite une « classe agricole » – assurée par « Monsieur Blanc » – une classe qui avait trouvé des locaux à Nocaze, et qui donnait ses cours les lundis et mardis. Le restant de la semaine, il était au service de son père. Puis ce furent quinze mois de service militaire – il est vrai entrecoupés de permissions agricoles. Puis, retour sur l’exploitation familiale où les stagiaires ont commencé à se manifester pour travailler – « des graçons comme des filles. Certaines, même, étaient plus âgées que moi !D’autres venaient de Lyon… Moi, je les faisais travailler sur tous les postes, sans différenciation entre les stagiaires. Et ça se passait bien. » Le troupeau, lui, est passé à 20 têtes.

A la base, le ferme Pellier, c’était le lait, les céréales – dont Robert multipliera la surface par quatre, et du côté « viande », ils « faisaient naître les veaux »..  » si c’était une belle génisse, on la gardait pour le lait, et si c’était un taureau, on le gardait pour sa viande, en l’abattant à 23 mois et demi, car à 24 mois révolus, il est « déclassé » et sa viande achetée moitié prix !

C’est en 1984 que Robert prend les commandes de sa ferme. Le troupeau est maintenant assez important – il montera jusqu’à 127 têtes, et le blé, le maïs, la luzerne et la « prairie » occupent tout son temps. Ses bêtes ? Elles sont « dispatchées » sur diverses pâtures, chez Vallette-Vialard, route de Dieulefit, chez Armand, derrière l’hôpital, chez Valentin du Cheylard… Côté races, si René avait commencé avec des Montbéliardes, en 2000, avce « l’arrêt » du lait, elles seront progressivement remplacées par des Limousines puis, sur le conseil d’un négociant, ces Limousines seront à leur tour progressivement remplacées par des Charolaises.

En 2008, pour ses 60 ans, Robert voulait s’arrêter. Mais une employée de la M.S.A – ce jour-là plutôt désagréable, l’en dissuade, et les époux Pellier sortent du rendez-vous assez désemparés. mais Robert va décider de « prolonger » encore huit ans et, en 2016, second voyage au pays de la M.S.A où une nouvelle employée, savoyarde et qui s’appelle « Pellier », lui arrange son dossier en deux temps, trois mouvements, instituant leur fille Caroline comme nouvelle propriétaire.

Aujourd »hui, sept têtes sont encore à demeure dans la propriété. Quatre taureaux et trois génisses. Sur les trois génisses, deux sont déjà « prêtes » pour l’abattoir et s’en iront sous peu. Quant à ses terres, maintenant dépeuplées des vaches dont tous les Montiliens se souviennent… « Tant que je serai là, la propriété restera telle qu’elle est aujourd’hui. De toutes façons, une grande partie de la zone est toujours non-constructible. Après moi ? Ce sera l’affaire de notre fille…

Encore aujourd’hui, l’infatigable Robert Pellier continue de travailler sur quatre hectares, la zone accordée aux « retraités », et travaille les « terres de sa fille » à raison d’une heure par jour. Fourrage et céréales font toujours partie de son quotidien. Et si son statut de retraité a considérablement réduit ses ressources, il en faut plus à cette force de la nature pour le décourager. Sa vie a suffisamment été peuplée de péripéties diverses et variées, mais il a toujours su faire face.

En résumé ? Une belle réussite dans un milieu.. compliqué.

Laisser un commentaire