Attention ! Poétesse hypersensible en devenir !…
Pierre Corneille avait bien raison : « La valeur n’attend point le nombre des années », faisait-il dire à son personnage de Rodrigue, dans « Le Cid »…
Et le mot « valeur », dans ce beau monde de la poésie, est un mot qui compte double, voire plus…
La poésie.. qui a encore la bonne idée de nous donner des poètes.. et des poétesses. Sachons en profiter….
Itinéraires : « Anaïs, cette belle voie est née très tôt, chez toi… »
Anaïs Domingo : « Je crois qu’on peut dire ça, oui… Je suis née dans le Puy-de-Dôme, mais je vais grandir… un peu partout, mes parents ayant souvent déménagé, pour raisons professionnelles, environ tous les quatre ans.. Et c’est quelque chose que je mesure complètement aujourd’hui, car je suis quelqu’un qui a toujours des fourmis dans les jambes !…
Alors que je suis au Cours Préparatoire – j’ai quatre ans – j’écris une histoire, qui parlait d’un loup et de chevreaux. Et ce manuscrit, la maîtresse l’avait même relié ! Mais j’ai dû lire mon histoire, par la suite, devant la totalité des élèves de C.M.2 ! Un vrai supplice pour moi, qui était très mal à l’aise en public…
A côté de ça, scolairement parlant, et avec ma meilleure amie de l’époque, nous avions « brûlé les étapes », en maîtrisant assez vite l’écriture et la lecture.
Et ça va me permettre de « sauter » une année… passant du C.P. Au C.E.2 après un court passage par le C.E.1, une classe dans laquelle je ne resterai pas, la maîtresse me jugeant apte à suivre le niveau supérieur…
Assez vite ensuite, je me suis remise à l’écriture, mais cette fois sur un créneau plus poétique… »
I : « Un changement de cap dû à quoi ? »
A.D. : « Cette passion que j’ai vouée depuis à la poésie ? Je crois que je la dois, avant tout, à tous ces textes poétiques qu’on nous donnait à lire, et parfois à apprendre, dès le cycle primaire. Et cette découverte, je l’ai assez vite mise à profit en voulant très tôt écrire mes propres poésies…

Il faut savoir que mes textes, je veux qu’ils soient, avant tout, libres. C’est important pour moi… Chacune de mes poésies, je la veux « déconstruite », cela veut dire que mes vers ne sont pas « fixes », qu’ils n’ont pas tous le même nombre de pieds.
Ce qui n’enlève rien à la musicalité du texte dans son ensemble…
Tu veux savoir comment naît un texte poétique chez moi ? Tout part, très souvent, d’une association simple de deux mots. Cette association va ensuite m’amener sur la piste précise d’un univers, que je vais ensuite « étoffer » jusqu’à son rendu final.
Le « temps de gestation » de mes poésies est variable. Il peut s’échelonner de deux minutes à.. trois semaines. Pourquoi cette différence ? Eh bien.. mes textes sont très souvent mélancoliques – je suis hypersensible, je le reconnais – et je trouve mon inspiration dans nombre de sujets différents, mais quant au délai… disons que tout va dépendre de mon état d’esprit du moment.
Parfois, les mots se bousculent, et il me faut peu de temps pour les coucher sur le papier – et créer ainsi ma poésie… A contrario, lorsque c’est le thème qui me vient en tête en premier, avant les « deux mots-tremplin » libérateurs, là ce « temps de gestation » sera plus long. »
I : « Quels sont les thèmes qui t’inspirent ? »
A.D. : « Mes thèmes de prédilection ?.. L’amour… la mort, bien sûr, mais aussi le corps féminin – pour lequel j’écris parfois avec une plume acerbe. En réalité, j’aime surprendre, avec mes textes, y employer des mots qu’on ne s’attend pas forcément à trouver, et laisser aussi parfois mes lecteurs dans l’expectative..
Mes poésies – que je peux aussi, et occasionnellement, bâtir en prose – je les ai déjà présentés à divers publics, et pas seulement « familiaux ».
Et les retours que j’en ai eus m’ont, quelque part, un peu gênée, même s’ils étaient particulièrement élogieux.. Je pense que c’est dû à mon naturel… je crois être quelqu’un d’assez pudique et, autant je peux être généreuse au travers de mes écrits, autant j’aurais du mal à accepter les compliments qui m’en seront faits… ce qui n’empêche pas que cela me touchera au plus profond de moi. Mais je ne parviens pas encore à en profiter totalement…. »

I : « Que dire de tes premiers recueils ? »
A.D. : « Mon premier recueil publié, « Dire le rien », est sorti en 2020, en pleine pandémie de la Covid-19, aux Editions de Beauvilliers. Le « fil conducteur » de cet ouvrage a été tissé par le décès de mon grand-père, Francis Vallier, qui aura toujours été présent pour moi, en de multiples circonstances… Le manque, l’absence.. l’incompréhension, aussi, ont toute leur place dans ce recueil.. qui aura joué pour moi le rôle d’un véritable exutoire..
Le second recueil, « Souffle-moi, Muse », se base plus, lui, sur les sentiments amoureux, en mettant en scène l’envie, la tendresse, le corps féminin pour le coup… et il n’y a rien là d’étonnant puisqu’au départ, ce recueil, je l’avais destiné exclusivement à mon mari, Marius. Mais, lorsqu’il l’a lu, c’est lui qui va me pousser à le faire publier, car telle n’était pas mon intention, puisque j’avais vu ce livre comme un seul cadeau personnel. Mais, au final, je ne regrette pas.. »
I : « Et aujourd’hui ? »
A.D. : « Aujourd’hui, je suis en pleine écriture de mon troisième ouvrage et, ce que je peux t’en dire à ce stade, c’est qu’il sera visuellement très différent des deux recueils déjà sortis. Dans le sens où j’ai eu l’idée, cette fois, d’associer à chacun de mes textes une photo qui en sera l’inspiratrice…
Mais c’est tout ce que je dirai aujourd’hui ! On aura peut-être bientôt l’occasion d’en reparler !… »
Propos recueillis le mercredi 13 novembre 2024
Une rencontre lumineuse, qui fait « chaud au coeur », car l’hypersensibilité d’Anaïs se ressent derrière chacun de ses mots, et, cerise sur le gâteau, elle sait nous la communiquer et ça fait un bien fou.
Une vraie joie de croiser la route de jeunes talents plus que prometteurs, dans ce domaine de la poésie qui mériterait tant d’être remis à sa place d’honneur..
« Itinéraires » suivra Anaïs Domingo avec joie.
Crédit photos : M.M









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